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    Workflow d’une tempête de merde

    Archivado en Français por adehoces, 6 de Diciembre de 2004

    “Plantez la graine de l’avarice dans la fertile terre de la stupidité et vous obtiendrez la belle fleur de la merde”.
    (Confucius)

    Tout commence avec un délire de grandeur d’un nain mental qui a toujours envié tout ce qu’il ne méritait pas. Peut-être un complexe d’infériorité chronique, peut-être avoir vécu à l’ombre d’un grand frère à qui tout réussissait, ou alors trop de télévision. Toujours est-il qu’un jour fatidique arrive ou notre nain mental, avec beaucoup d’efforts, obtient une licence. Ce soir-là, il monte sur une colline, diplôme en main, le rouge crépuscule dans son dos, lève les yeux et crie au ciel:

    “Avec Dieu comme témoin, je jure qu’un jour je serais quelqu’un !!… Avec Dieu comme témoin, je jure qu’un jour je donnerais des conférences!!…Avec Dieu comme témoin je jure qu’un jour j’aurais une armoire pleine de costumes d’Armani!! Avec Dieu comme témoin je jure qu’un jour, je boirais le café avec un président!!”

    Alors se produit le miracle de la métamorphose, mais à l’envers. Dans ce cas un frêle papillon meurt et une grosse chenille gluante naît. Souhaitons la bienvenue à Monsieur Don Capullo(1), visionnaire, entrepreneur, directeur. Une cravate, un peu de gel, un attaché-case noir avec fermeture dorée, un balai dans le cul. Un déséquilibre dans le système vient de naître: l’alter ego Don Capullo achètera des choses que Nain Mental ne pourra pas payer. Et jusqu’a ce que quelqu’un s’en rende compte, des dettes seront crées. Des dettes que nous devrons payer.

    Don Capullo est un type très culte. Il a lu cette oeuvre d’art de la littérature universelle, “qui m’a volé mon fromage?”. Ça lui a pris du temps, mais il a compris le message: pédé le dernier, et celui qui arrive derrière, qu’il fasse avec. Don Capullo veut le fromage. Où est à l’heure actuelle le fromage? Sur Internet. La graine en forme de modèle de commerce a été plantée dans l’attaché-case noir. La fleur de la merde ne se fera pas attendre. Smoke Solutions est né, que la représentation commence!

    Le pas suivant c’est monter la scène. Il faut louer une cage pas chère dans n’importe quel zoo technologique et il faut déposer un nom de domaine aguicheur, quelque chose qui suggère expansion, valeur, futur, en définitive “nous somme encore petits, mais bientôt nous allons doubler votre investissement”. Il est recommandé de lui donner un air impérial (Rome, ou alors l’Egypte) qui suggère grandeur culturelle et un nuage anglo-saxon qui suggère nouvelle technologie. Entelequisys, Intelectis, Singergius, Keopsolutions, Evolucius, Netsupreme… les combinaisons sont infinies.

    Maintenant il faut les acteurs. L’acteur idéal est celui qui croit réellement en son rôle. Les petits poussins fraîchement sortis de leurs coquilles et les vieux corbeaux malades sont les profils idéaux. Don Capullo va s’entourer d’adeptes et leur racontera sa vérité : «Je suis le fils du futur, j’ai vu la lumière du demain. Celui qui croira en moi découvrira la vie éternelle. Mais vous devrez avoir foi et ne jamais succomber à la tentation.» C’est-à-dire, tant qu’on va croire au conte de fée, on va avoir un emploi à vie (ha, ha), et que si un jour quelqu’un affirme «ce type n’est qu’un nabot mental et un comédien» on va le condamner au bûcher. C’est le démon qui apparaît sous la forme d’un programmeur qui se croit intelligent. C’est l’ange déchu, qui veut arriver plus haut que dieu.

    L’histoire nous montre l’effectivité de ces structures basées sur le «on change le pain et la consolation par la foi aveugle». Quelques unes durent déjà depuis deux mille ans.

    Arrive le grand jour de la première. Tous les acteurs connaissent leur rôle, qui a été repartit en Power Point, et ils l’adorent. Celui qui à acheté le switch est l’expert en réseaux intelligents, celui qui a mis en marche le serveur l’expert en déploiement de projets distribués, celui qui a mis le “s” derrière l’http notre expert en sécurité de l’information, celui qui a inclus “encoding=UTF-8″ dans l’XML notre expert en internationalisation, et celui qui a écris le JSP de mille lignes sans un seul include ou usebean, notre gourou Java. Trac. Le rideau se lève. Le public, les possibles investisseurs, remplissent la salle. Les lumières s’éteignent, le projecteur s’allume. F5, commencer présentation.

    Pendant deux heures nous nous promenons dans le demain. Automatisation, intelligence artificielle, navettes spatiales. Téléphones mobiles avec vidéoconférence holographique en 3D. Télé transporteurs dimensionnels. On va vous positionner dans le futur. On va vous rapprocher de vos clients. On va vous éloigner de votre concurrence. Encore mieux, on va désintégrer votre concurrence ! On va vous mettre dans le lit de vos clients ! On va doubler, tripler, MILLIONIFIER VOTRE INVESTISSEMENT ! JUSQU’OÙ VOULEZ VOUS ARRIVER?

    Fin de la représentation. Applaudissement, larmes d’émotion. Quelques investisseurs se frottent déjà les mains. On dit que l’assesseur financier d’un président qui veut investir les fonds publics pour améliorer la qualité de vie de son pays est là incognito, seulement en échange d’un paquet d’actions au nom de son beau-frère, qui va dévier le cinq pourcent de l’investissement à des mains amies au même instant de sa sortie en bourse (on n’est jamais contre une petite îles aux caraïbes ; ce sont les petits plus qu’offre le fait de sacrifier sa vie pour autrui et le bien-être de son peuple).

    Avalanche de questions. De quelle couleur vont être les navettes spatiales? Platine avec des nervures dorées. Quelle portée auront les télé transporteurs? D’un bout à l’autre de la planète en une nanoseconde, en combinant les super cordes et les trous noirs. Quelle autonomie auront les mobiles holographiques? Illimitée grce à la fusion froide. Et comment allez-vous faire tout ça? demande quelqu’un. Silence gêné. Les petits poussins et les vieux corbeaux regardent Don Capullo, qui se lève avec son meilleur sourire d’auto complaisance et leur parle des synergies, des convergences, David et Goliath, les pyramides, Apple et le garage de Steve Jobs, Yahoo et la camionnette de Jerry Yang et David Filo. La graine est là -il pointe son attaché-case- il faut juste l’arroser.

    Et voilà, presque comme si de rien n’était, on a cinquante millions d’euros dans un compte des îles Caïman. Maintenant il faut faire preuve d’ingéniosité et commencer à bien arnaquer. Il faut justifier chaque pincée prise au sac, alors il faut de l’imagination. Le premier canal de détournement de fonds c’est le salaire (vous me direz si 8.000 euros nets par mois n’est pas un salaire excessif pour un simple balai truffé de gel). Mais on s’habitue vite au salaire, la maintenance de la Mercedes est chère, et la villa dans la montagne n’est pas donnée. Il arnaquer plus, et mieux.

    À ce moment on utilise la méthode facile, le donuts égyptien. On sort les donuts (ces cinquante millions d’euros des Caïmans), et des plein d’amis sortent de nulle part(2). Un ami qui te fait un software, un autre qui te vend le hardware, et un troisième qui te décore le bureau.

    Alors on se met et position égyptienne et pendant qu’avec une main on caresse le dos à notre nouvel ami, avec l’autre on choppe la commission en noir. Si les commissions sont trop petites, on peut toujours s’acheter soi-même moyennant des entreprises fantômes au nom du cousin Eustache. Exemples pratiques : projet de décoration de bureau (une tableau et deux pots de fleurs), douze milles euros. Système de CRM (une base de donnée Access faite en une heure) cent mille euros. Et on continue.

    Pendant quelques temps la vie est merveilleuse. On donne des conférences, on porte des costumes d’Armani, on prend le café de temps en temps avec le président. Escapades à la montagne, aux caraïbes, balades en décapotable. Voilà un triomphateur. Mais les donuts ne se multiplient pas. Un jour, quelqu’un se gratte la poche et demande : «où sont mes millions?». On commence à tirer du fil et on arrive à la pelote : l’attaché-case. Montrez vos cartes, monsieur Don Capullo. Ouvrez l’attaché-case.

    Don Capullo convoque une macro réunion. Employés, assesseurs, directifs, investisseurs. Même le cousin Eustache est là. La boîte de Pandore va s’ouvrir. Don Capullo monte à l’estrade, dépose l’attaché-case devant un ventilateur de dimensions considérables, marque la combinaison, et l’ouvre.

    Tout le monde est noyé par la merde. Les têtes tombent, les sanctions volent, les dénonces sont légions. Ceux qui finissent le plus mal sont les poussins, leur rêve d’experts-en-dérivation-de-forloies est fini. Dans la prochaine entreprise il faudra revenir sur Terre, apprendre à coder, et transpirer sec. Certains ne s’en remettent jamais.

    Une fois le cirque est démonté et la tempête est passée, il faut récupérer le fric. Don Capullo se cramponne au trop connu «Tatata, tout investissement est un risque», et se lance à nouveau dans le fromage, peut-être dans le brevet des gènes. Alors c’est comme toujours. On informe la presse du classique «CRISE DANS LE SECTEUR», «L’ÉCONOMIE ENTRE DANS UNE NOUVELLE PHASE RÉCESSIVE», «ÉTAPE DE MÉFIANCE», etc. Si l’investisseur était une banque : on baisse les salaires et on monte les intérêts. C’était une entreprise téléphonique : on baisse les salaires et on monte les prix des communications. Nous, on est baisés comme d’habitude, avec le chantage habituel : on se serre la ceinture ou on ferme l’entreprise.

    Il y a un cas extrême : quand il s’agit des fonds publics d’un pays et que l’arnaque est à grande échelle, la fleur de la merde est arrosée en abondance et finalement il donne ses fruits : les casseroles.

    _______
    (1) NdT : Capullo en espagnol veut dire chenille, mais aussi, plus vulgairement, gland
    (2) NdT : référence a une pub espagnole : «sacas los donetes y te salen amigos de todas partes»

    Traducción:
    Leo Lozes [mail]

    Teddybear Consulting

    Archivado en Français por adehoces, 4 de Diciembre de 2004

    Il y a quelque temps je revenais du boulot en train, en méditant sur les différents aspects transcendantaux de mon existence (en quoi me suis-je trompé, d’ou peuvent bien sortir tout ces incompétents, quelle odeur peut bien avoir une ressource humain …) quand j’interceptais une conversation des sièges d’à côté:

    - Alors, c’est allé comment votre année fiscale?

    - Pas mal du tout, on a facturé presque un 15% de plus que l’année d’avant.

    - Nous on a maintenu le taux de croissance.

    Les voix venaient de derrière deux exemplaires de journaux d’économie. Tiens -pensais-je- voilà donc deux grands directeurs. Comme ceux qui parlent de millions d’euros comme qui parle d’aller se faire une petite bouffe, comme ceux qui décident aujourd’hui les tendances des marchés du demain, comme ceux qui…

    - Bon, à plus Javi, moi je descend ici, je vais à mes cours de badminton.

    - Allez, a la prochaine Fran…

    C’était deux gamins enfouis dans des costumes trop grands pour eux. On voyait encore les restes d’acné. Leur cartes d’identification disaient: Javier Maneras, Bibiandersen Consulting(1) Junior Consultant; Francisco Minglanillas, Teddybear Point, Junior Consultant. Javi sortit du train. Dans une main son journal financier, dans l’autre un sac avec son yogourt liquide et une poire. Il se perdit dans la foule, en marchant avec cette rectitude caractéristique de l’employé satisfait d’une grande multinationale, comme s’il avait un balai dans le cul. Minglanillas reprit la lecture de sa feuille de chou avec un demi-sourire du genre “tss … voyons ce qu’il ont écrit aujourd’hui … mais bon, je le sais déjà sûrement…”

    On a facturé. Nous. La corporation. Il n’y a plus de moi, il n’y a plus que nous. Le pluriel corporatif. “Je bosse, tu bosses, il empoche, nous facturons, vous facturez, ils se tapent la belle vie”. Et tout le monde est content. Comment font ces grandes compagnies pour avoir la majorité de ses employés qui bossent sans heure de sortie, souvent de lundi à dimanche, avec des salaires initialement misérables qui augmentent nettement plus lentement que le stress, et malgré tout auto-satisfaits, corporativisés et minéralisés? Drogues, hypnose? Traitement Ludovico, chambre 101?

    Non. Ça n’est pas nécessaire. Il faut juste appliquer le principe de la corporation américaine: traiter l’employé comme si c’était un client. Et comment traite-t-on le client? Allumons un instant le téléviseur: “avec votre mobile Cadena aujourd’hui vous êtes un peu plus libre … Briquets Immolator, l’étincelle de votre vie ...”

    Effectivement. On traite le client comme si il était con; l’employé, aussi. Et ça marche. Ça marche merveilleusement bien.

    Vendredi, 8:45 AM, Bureaux de Teddybear Point Consulting. Directeur technique au téléphone avec un client.

    [directeur] DES TABLES!!? Non, non, nous n’avons pas de tables. Si vous voulez des tables, allez à Ikea. Nous on offre des surfaces quadrupèdes de déploiement et exploitation compatibles dot NET et J2EE, avec système de synchronisation de filostres et dérivation de forloies(2). Vous n’avez pas besoin d’une technologie aussi pointue? Ça n’est pas l’avis de votre concurrence. Vous ne savez pas ce qui vous attend dans le secteur… croyez-moi, nos dernières analyses indiquent que dans trois mois tout modèle de commerce qui ne contemple pas la dérivation de forloies dans ses surfaces quadrupèdes va être considéré désuet. Vous ne voulez pas finir comme ça, non … oui, oui, exactement … considérez ça comme un investissement à moyen terme. Investir dans les forloies, c’est se positionner sur le marché du demain. Pour lundi? Oui, pas de problème, je vous envoie notre meilleur analyste … d’accord. À bientôt.

    Il raccrocht et actionnt l’interphone:

    [directeur] Maika, bonjour, s’il te plait, appelle-moi un junior au bureau avec l’heure d’overtime à moins de 15 euros. Oui, tout de suite. Merci.

    [mégaphone] Monsieur Francisco Minglanillas, monsieur Francisco Minglanillas, on vous attend au bureau du directeur…

    Fran sortit de son cubiculum, se remit le noeud de cravate en place et s’introduisit son meilleur balai. Cinq minutes après il entrait dans le bureau du directeur, qui l’attendait avec les bras ouverts et un grand sourire de dents pointues.

    [directeur] Monsieur Minglanillas! Asseyez-vous … Une grande occasion s’offre à nous, et on a tout de suite pensé à vous. C’est un projet de surfaces quadrupèdes.

    [Minglanillas] Filostres et forloies?

    [directeur] Excellent. Nous savions que vous étiez le candidat idéal. On va vous demander un petit sacrifice, monsieur Minglanillas. Le projet doit être prêt pour lundi.

    [Minglanillas] Comptez sur moi.

    [directeur] Excellent. Nous savions que vous vous montreriez à la hauteur. Considérez votre effort comme un investissement à moyen terme. Les experts en forloies d’aujourd’hui sont les analystes du demain.

    [Minglanillas] Une question: tout projet de surfaces quadrupèdes requiert une logistique initiale. Elle est prête?

    [directeur] Ah oui. Les tables. Achetez-les cet après-midi à Ikea.

    Minglanillas sortit du bureau en se répétant mentalement: “Analyste, analyste, analyste…” Il avait une érection. Il chercha un moment sur Internet et téléchargea deux fichiers .pdf: “Filostres in a Nutshell” et “L’odeur d’une forloie”.

    ________________

    (1) NdT : Bibi Andersen est un acteur travelo assez connu.
    (2)NdT: Filostros y forlayos en espagnol. Non, ça ne veut rien dire non plus.


    Traducción:
    Leo Lozes [mail]

    Projet Bicyclette

    Archivado en Français por adehoces, 4 de Noviembre de 2004

    Comment est-ce possible qu’un individu complètement ignare en matière de software soit capable de diriger un projet sans qu’on se rende compte de son incapacité? Son incompétence ne devrait pas être évidente? Le projet ne devrait pas échouer misérablement? Au contraire, ces individus conservent leur poste pendant des années (normalement jusqu’à la faillite de la boite).

    La clé de ce mystère est dans le projet bicyclette.

    Grosso modo, les phases d’un projet bicyclette sont : Analyse, design, implémentation, phase de test, livraison, révision. Dans la phase d’analyse, le client explique ce qu’il veut, dans la phase de design on donne forme au produit, dans la phase d’implémentation on code, dans la phase de test on vérifie que tout marche bien. Les quatre premières phases peuvent paraître les plus importantes, mais dans un projet bicyclette en fait on peut en faire abstraction sans problèmes. On attend la phase de révision pour s’occuper de tout (mon boulot normalement).

    Dans ces premières phases notre ami manager ne travaille pas (je vous rappelle qu’il en est juste incapable), il essaye simplement de s’en tirer. Jusqu’à la phase de livraison du produit il n’a rien à craindre, il faut juste dissimuler. Mais bien sûr, il faut avoir quelque chose de tangible, quelque chose à montrer à la direction dans les réunions. On sort ça d’ou? On le downloade d’Internet ou on l’achète, simplement. Mettons que le client à besoin d’un système de workflow accessible par web et qui soit scalable. Bon, alors on va sur un chercheur web et on introduit “cheap web-based workflow system java source code download”. On navigue un peu, on cherche un produit avec des couleurs futuristes, on sort la carte de crédit, et voilà. Le projet bicyclette prend forme.

    Ensuite notre ami manager manager désigne une équipe de développement pour les phases deux, trois et quatre. L’expérience lui a montré que pour des projets bicyclette il faut choisir des développeurs aussi demeurés que possible pour qu’ils ne se découvrent pas le pot aux roses.

    On peut commencer à se douter qu’à la table d’à côté un projet bicyclette prend forme quand l’équipe de développeurs-demeurés joue au 69 professionnel. Il s’échangent des commentaires-perles très pompeux, comme par exemple “les canaux d’échange d’information sont très propres”, “le facteur d’usabilité est déterminant dans le design des javabeans”, “j’ai incrémenté le numéro de paramètres du constructor, je t’envoie le point class par mail”, ou “ce JSP contient trois mille lignes parce que j’ai appliqué un patron FACADE d’accès concentré”.

    Deux mois après on arrive à la phase de tests. Évidemment, le produit, c’est de la merde. Mais les tests sont effectués par la même équipe, et nos propres enfants ne sont jamais moches. Alors avec la tête bien haute, on prépare un zip, un manuel d’installation, et toi, Carlitos, livre le produit, moi je ne peux pas, je suis mort de rire. État du projet? Livré. Vendredi soir. Souper de projet. Applaudissements, rires, encore plus de 69. C’est lundi que les surprises vont arriver.

    Illustrons la phase de révision avec un exemple graphique :

    Le projet Porsche

    Arrive le lundi, et tu ouvres le courrier. Sujet : “Problèmes avec le projet Porsche”. Ils ont besoin de toi “deux-trois jours” pour “donner un coup de main” avec “quelques bugs”. Réunion dans un quart d’heure.

    Tu entres dans le bureau. Notre ami manager est là. Il t’explique l’histoire: le projet Porsche est un des plus pointus de l’entreprise (on songe que c’est plutôt un pointeur à null). On a appliqué des techniques novatrices de design et implémentation et on a réussi à livrer un produit qui s’accorde parfaitement aux pétitions du client : une Porsche décapotable, sûre, légère, rapide, de faible consommation et faible coût. Un succès. Dans la phase de révision quelques petites incidences ont été détectées et il faut les réviser.

    Bon. Allons voir la merveille. On entre dans le hangar du projet Porsche, et la créature est là: une bicyclette. De promenade.
    Sans changement de vitesse, rien. Il y a un autocollant derrière la selle avec le logo de la boite et “PORSCHE”. Dans la corbeille il y a un certificat d’AENOR. Là normalement on pique une gueulante et on commence à crier qu’on veut parler avec le directeur, les membres fondateurs, les clients, les actionnaires, le pape de Rome. On veut voir quelqu’un pendu sur la place publique.

    Ce qu’il se passe juste après c’est qu’on t’amène dans un bureau des ressources humaines et on t’applique à nouveau le traitement combiné “Ludovico/Chambre 101″. La nana de RRHH, qui normalement s’appelle Maika ou Yvonne et est habillée avec l’uniforme pantalons noirs et talons aguille, style femme corporative avec master en direction d’entreprises, nous interroge avec sa voix de Valium 500:

    [Yvonne] Monsieur Fuckowski, quelles sont vos plaintes par rapport au projet Porsche?

    [moi] MAIS QUELLE PORSCHE!??

    [Yvonne] Le projet Porsche, un des plus pointus de…

    [moi] Oui oui, je connais l’histoire!! Mais c’est que “ça”, c’est une bicyclette, et on suppose que je dois la transformer en Porsche en deux jours, et on m’a donné un tournevis et un pot de peinture!!

    [Yvonne] Monsieur Fuckowski, c’est vrai que la Porsche présente quelques incidences, mais…

    [moi] BICYCLETTE!! ¡¡BICYCLETTE!!

    [Yvonne] Monsieur Fuckowski, vous traversez une crise personnelle? Il doit y avoir une raison pour votre négativité face au projet Porsche.

    [moi] Non. Je me trouve parfaitement bien. Où je l’étais, avant de voir la bicyclette.

    [Yvonne] Chambre 101, monsieur Fuckowski .

    Chambre 101. Chaise avec harnais. Camisole de force. Logos de la corporation. Certifications de qualité. Projecteur XGA. Écran panoramique qui montre une énorme bicyclette de promenade. Là nous attends le directeur de l’entreprise.

    [directeur] Monsieur Fuckowski, décrivez-nous cette Porsche.

    Je vais vous économiser les détails de la torture, mais elle implique des dissertations sur l’attitude positive, la croyance en la vision de l’entreprise, l’auto-motivation, les petits caractères du contrat. Bref, si tu ne vois pas la Porsche, tu te retrouves à la rue.

    Après la pause on est parfaitement motivé, en train d’assister à une conférence-call entre l’entreprise, représentée par le manager, et le client, représenté par un consultant en costume noir et cravate flashy, embauché hier, qui touche 100 euros de l’heure plus les diètes, et à qui ça n’intéresse pas de dire “votre bicyclette vous pouvez vous la mettre là ou je pense” et gagner 25 euros pour un quart d’heure.

    [consultant] Bon, on va réviser les incidences que présente la Porsche. La première chose que nous avons remarqué c’est qu’il lui manque 2 roues.

    [manager] Oui, on a opté pour le design minimaliste qui va avec notre vision de l’entreprise: “pratique, fonctionnel, optimal”.

    [consultant] Je vois. Mais une Porsche avec deux roues ça ne colle pas avec notre modèle de commerce. On a besoin de quatre roues.

    [manager] Je crois que nous pouvons refactoriser la Porsche et faire un clone pour ajouter deux roues extra, n’est ce pas? -il me regarde.

    [moi] Oui, hahaha!!! Facile!!! Donne-moi une heure.

    [consultant] Parfait. Bon, la deuxième incidence. On ne trouve pas la capote.

    [manager] Oui. Vous vouliez une décapotable, non? Alors on a beaucoup simplifié son utilisation en retirant la capote.

    [consultant] Bien, mais on ne veut pas seulement l’enlever, on veut aussi pouvoir la mettre.

    [manager] Ah. Ça n’est pas spécifié dans vos pétitions initiales, alors on va considérer ça comme une fonctionnalité extra et on va le faire payer séparément. Quel impact représente cette nouvelle nécessité ? -il me regarde à nouveau.

    [moi] Heureusement les interfaces sont très propres, alors on va pouvoir modifier la couche externe sans impacts sur le kernel hahaha.

    [consultant] Parfait. Une autre question, ou sont le contact et les clés ? Tout le monde pourrait nous voler la Porsche.

    [manager] On a choisi le modèle Multi-Utilisateur pour l’implémentation initiale, mais on peut rajouter un module de sécurité, non ?

    [moi] Ouiii !! J’ai justement un module d’encryptage SSL pour Porsche ici !

    [consultant] Brillant. Plus que deux incidences. L’utilisateur doit faire beaucoup trop d’efforts pour compléter les tches sur ce système. Vous pourriez changer les pédales par un moteur ?

    [manager] En principe on voulait donner un maximum de liberté d’action à l’utilisateur, alors on a opté pour un modèle de client lourd.

    [consultant] Bien, mais on trouve que la quantité de travail laissé à l’utilisateur est excessive.

    [manager] On peut arriver à un compromis raisonnable entre la liberté de l’utilisateur et l’automatisation des processus, n’est ce pas ?

    [moi] Tout à fait. On va remplacer le moteur giratoire assisté par pédales par un moteur compatible assisté par pistons. On va peut-être devoir rajouter un module de stockage externe pour le combustible, mais on peut toujours le mettre dans le panier, hahaha.

    [consultant] Je vous rejoins cent pour cent. La dernière : le système n’a pas passé les tests de rendement. C’est stipulé dans les requits que le système doit atteindre les deux cents km/h.m

    [manager] Le rendement peut toujours varier selon la plateforme. Les spécifications de ce système sont « route gelée avec pente de 70 degrés ».

    [consultant] Bien, je vais vérifier quelle plateforme on utilise pour l’exploitation. Mais je crois qu’on va avoir besoin de plus de vitesse.

    [manager] On peut toujours optimiser le kernel, n’est ce pas ?

    [moi] Aussi vrai que je m’appelle Fuckowski.

    [consultant] Très bien messieurs. Ce fut un plaisir de traiter avec vous.

    Trois heures du matin. Un thermos de café. Un pot de peinture, un tournevis. Et une bicyc… une Porsche.

    Traducción:
    Leo Lozes [mail]

    Écouter des conneries

    Archivado en Français por adehoces, 4 de Noviembre de 2004

    Quelle est la partie la plus dure du travail d’un développeur de software? L’architecture, l’analyse fonctionnelle, la partie technique, la programmation? Non. La partie vraiment dure c’est de devoir écouter des conneries.

    Tu reçois un mail de l’IT manager, cet individu qui, selon son curriculum, a “collaboré dans la conceptualisation de projets de convergence” et à été “directeur d’expansion de stratégies de 4ème génération”, et dont le travail consiste à renvoyer les mails des clients aux techniciens et vice versa, et à lire des articles sur Internet pour avoir quelque chose à dire (avec Google et quelques règles d’Outlook la société pourrait économiser 80.000 euros par année). Sujet du mail : “Brainstorming”. Et là tu est déjà baisé.

    Le “brainstorming” ou “orage de cerveaux” c’est (ou devrait être) la réunion dans laquelle tout le monde apporte son talent et son expérience pour trouver les solutions idéales aux problèmes. La réalité c’est que dans l’orage de cerveaux, le manager normalement apporte l’orage et toi tu dois apporter le cerveau. Et dans l’orage, comme dans la rivière agitée, les bénéfices sont pour les pêcheurs. Toi tu réfléchis, trouve et modélise des solutions, c’est bien pour ça que tu voulais être ingénieur. Lui il rafle la médaille, c’est bien pour ça qu’il a fait un master en “strategy business trucmuche”.

    Alors tu arrives méfiant à la salle de réunion. Il est là, avec le portable, la tasse de café et plein de documents (normalement les mails des clients avec leur conditions, c’est-à-dire le vrai problème, et pas un seul mémo en plus qui puisse indiquer qu’il a passé un peu de temps à chercher une quelconque solution).

    Tu sais à quoi tu t’exposes une fois de plus. Il va te demander le typique : “Et maintenant je fais quoi?” mais sans que tu t’en rendes compte. Par derrière. Comme si t’étais un imbécile. Mais ça ne s’arrête pas là : tu vas être le cobaye sur lequel on va expérimenter les derniers discours appris sur les forums ou dans les “cookbooks”, pour que tu les valides ou les rejettes, les corriges, et en définitive aide ton manager à améliorer cette sagesse superficielle, cet “art de feindre d’avoir raison” (voir Schopenhauer) avec lequel cet individut justifie son salaire exorbitant devant la direction (qui normalement ne sait pas distinguer une sardine et un thon.

    Alors tu prends ça comme une affaire personnelle. Il faut expliquer clairement que
    A ) une sardine est une sardine et un thon un thon, autrement dit qu’une idée est une idée et une connerie, une connerie, et qu’on sait les distinguer;
    B ) on peut faire de la démagogie en parlant du sexe des anges ou peut-être d’art abstrait, pas de software;
    C ) on apprend pas dans un forum en une heure ce qui nous a pris quelques bonnes années d’université, quelques autres de boulot, beaucoup de café et autant d’heures supplémentaires;
    D ) un incapable avec un bouquin n’est pas un ingénieur; E ) Un master, une cravate et un PDA c’est joli, mais ça ne donne pas de bon sens à qui n’en a pas.

    La représentation commence. Attachez vos ceintures. Accrochez-vous avec force à vos principes, parce qu’on va vous appliquer le traitement Ludovico ( voir “Orange Mécanique” ). On va vous immobiliser sur une chaise, vous administrer une drogue, accrocher des supports à vos paupières et vous obliger à regarder 2 heures de Power Point. On va vous faire subir des tortures psychologiques avec le double objectif de vous extraire de l’information, et de vous convaincre de réalités alternatives. Ci-dessous je reproduis des fragments réels ( je vous donne ma parole d’honneur ) des réunions avec mon IT manager sur différents projets Java et VB dans lesquels « nous » avons travaillé.

    Perle 1 : Hibernate

    [manager] On utilise quoi pour la couche de données?

    [moi] Utilisons Hibernate

    [manager] Il vaut mieux utiliser des Entity Beans

    [moi] Pourquoi?

    [manager] Les Entity Beans sont J2EE standard, et en plus ils sont dans un pool, Hibernate n’a pas de pool alors il est plus lent.

    Quand j’ai voulu lui expliquer l’énormité qu’il avait dit, les idées ont fusé à une telle vitesse dans ma tête que j’ai subi un choc, et que j’ai du aller me chercher un verre d’eau. Je crois que c’est une technique délibérée d’argumentation, qui devrait s’appeler “la connerie est tellement grande qu’elle devient irréfutable”. Si quelqu’un dit que “Deux et deux égale cinq”, on peut argumenter que c’est quatre. Mais si quelqu’un dit que “Deux et deux est une constellation proche d’Alpha Centauri”, on peut seulement répondre “Mais de quoi tu parles!?”, et on peut te répondre “On voit vraiment que tu n’as pas fait un Master trucmuche”.

    Perle 2 : Easy Upgrade

    Cette fois nous étions réunis avec des clients américains qui avaient acheté notre « application » (pour donner un nom à ce désastre programmé par “un Senior avec 10 ans d’expérience” et que j’ai du maintenir après coup). Le processus d’installation consistait à décompresser un ZIP sur le disque dur et après exécuter un Setup.exe (ça ne marchait pas en installant depuis un CD). Le ZIP contenait les fichiers de la base de données. Chaque fois qu’on leur donnait une nouvelle version, et s’ils ne voulaient pas perdre les anciennes données, il leur fallait renommer l’ancienne base de données, installer la nouvelle version complète (la nouvelle base de données devait être installée obligatoirement, parce qu’une partie de la logique et des ressources de l’application étaient dedans - ne me demandez pas pourquoi, demandez au “Senior”), et ensuite importer quelques tables par scripts (une semaine d’efforts pour que le technicien de la boite japonaise arrive à faire tout ça correctement).

    [client] Vous ne pourriez pas simplifier le processus d’installation?

    [manager] Si, on va créer un processus d’installation qui au début va faire un « diff » comme avec Source Safe et qui va installer juste les fichiers modifiés ou ajoutés.

    Je suis resté là à me demander si cet individu savait que le code source, ça se compile.

    Perle 3 : Interfaces magiques

    Dans cette réunion, « il » était en train de me demander de faire un portail web (une espèce de caddie d’achats avec les services de l’entreprise), et que, pour économiser du temps, je m’en tienne seulement aux nécessités et spécifications du premier client qu’on avait réussi à rouler.

    [moi] Mais, si je crée le portail spécifiquement pour un client, on ne va pas pouvoir réutiliser le code. Tu veux que je modélise la logique de transaction de manière générique, même si ça va me prendre plus de temps?

    [manager] Non, on n’a pas le temps.

    [moi] Alors quand on aura un deuxième client, on va devoir lui faire un portail différent.

    [manager] Non, on va réutiliser celui qu’on va faire.

    [moi] Alors, je le fais générique, non? Plus de temps …

    [manager] Non, fais-le spécifique, mais en tenant compte qu’on va le réutiliser.

    [moi] Voyons, explique-moi avec quelle technique je fais quelque chose de rapide et spécifique, mais réutilisable.

    [manager] Fais simplement des interfaces propres.

    Je me suis demandé si ça existait, un “Mr.Proper design pattern”. Ensuite je lui ai demandé qu’il m’explique comment faire une logique spécifique qui implémente une interface valide pour tout le monde, et si on arrivait à faire ce miracle (quelque chose comme définir un standard genre JDBC et créer des drivers différents), à la fin on n’allait réutiliser rien d’autre que l’interface (une demi-heure de boulot?), donc ça revenait au même. Son discours de réponse est impossible à reproduire.

    Perle 4 : Override autoincremental keys

    Cette fois il s’agissait de modéliser une logique de commerce transactionnelle qui opérait sur deux systèmes différents, un workflow et un software de budgets (chacun avec son API). Il fallait les associer de manière à ce que, quand un client sollicite un budget, une nouvelle tche se créée dans le workflow et un nouveau budget soit associé à celle-ci.

    [moi] Eh bien on doit créer une méthode qui commence une transaction, ajoute une tche au workflow, garde l’ID, puis ajoute un budget, garde l’ID, fasse la relation entre les deux ID dans une base de données et fasse “commit”.

    [manager] Pour économiser du temps fais en sorte que l’ID de la tche et l’ID du budget soient toujours identiques, et comme ça on ne doit pas faire la relation (ça pourrait déjà être la perle nº4, mais non, ça ne s’arrête pas là).

    [moi] Même si on pouvait spécifier nous-même les clés, on devrait savoir quels ID on a déjà utilisé pour pouvoir générer les nouveaux, c’est qui est plus coûteux qu’associer deux IDs. Mais en plus les clés on ne peut pas les spécifier nous-même, dans le workflow et les budgets, les clés sont des champs auto-incrémentables.

    [manager] Mais il y a un mécanisme dans les Entity Beans qui laisse choisir les clés des registres qu’on rajoute.

    Après le choc j’ai commencé à m’imaginer le mécanisme:

    EntityBean: InsertTaskWithKey(55)
    DataBase:SQLException:KeyViolation
    EntityBean:PuisqueJeTeDisQueInsertTaskWithKey(55)
    DataBase: Bon D’accord.

    Perle 5 : Java Word Parser

    Des fois les utilisateurs dudit portail de services uploadent des fichiers en format Word pour que l’entreprise (qui s’occupe principalement de la localisation de contenu) les traduise en différentes langues. On doit pouvoir estimer le coût de la traduction automatiquement pour pouvoir donner un budget au client de façon immédiate. On doit juste compter le nombre de mots du document et le multiplier par le prix par mot établi.

    [manager] Comment on peut automatiser les budgets?

    [moi] Je dois chercher une librairie java pour parser des fichiers doc, l’intégrer convenablement au portail et créer une fonction qui me rende le nombre de mots.

    [manager] On va faire quelque chose plus rapidement. On peut réutiliser les macros de Word que le département d’Evaluation utilise.

    Facile. On a juste besoin d’un “Enterprise Word Server” qui marche sur Solaris, qui puisse s’installer en cluster, et auquel on puisse accéder par RMI.

    J’espère juste qu’avec ces exemples le monde comprenne ma souffrance. À la prochaine.

    Traducción:
    Leo Lozes [mail]

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